avril 1

23h de la BD - Workaholic - l'intégrale



Titre : Workaholic
Format : 24 planches A5 noir & blanc
Genre : Jôsei manga
Thème : Société, travail, "légende urbaine"

Scénario : Morgan Magnin
Dessins : Rosalys
Réalisé durant les 23 heures de la bande dessinée

N.B.: Ceci est une fiction et non une autobiographie de l'un des auteurs. Si vous vous y reconnaissez ou si vous avez la sensation que c'est du vécu, c'est propre au genre du récit : proche du quotidien et des réflexions contemporaines.

Couverture 02.jpg 03.jpg 04.jpg 05.jpg 06.jpg 07.jpg 08.jpg 09.jpg 10.jpg 11.jpg 12.jpg 13.jpg 14.jpg 15.jpg 16.jpg 17.jpg 18.jpg 19.jpg 20.jpg 21.jpg 22.jpg 23.jpg Quatrième de couverture

Voir aussi son point de vue à lui (le scénariste) :


Voir aussi son point de vue à elle (la dessinatrice) :

octobre 6

Le jôsei manga : le corps et le coeur de la femme

Après avoir vécu avec N personnages aux yeux plein d'étoiles des histoires d'amour lycéennes touchantes à souhait (shôjo manga que j'ai toujours adoré), après avoir sauvé le monde via N techniques de combats ou N mechas avec l'esprit de sacrifice qui donne une grandeur d'âme (shônen manga qui m'ont toujours passionné), profitons de la variété éditoriale des mangas pour chercher autre chose. Notamment, on dispose d'exemples de quotidiens, de "portraits de jeunesse japonaise", ou plus largement d'exemples de femmes contemporaines en civilisation industrialisée. Merci le jôsei manga.

L'univers du jôsei manga, parmi l'éventail d'oeuvres proposées chez nos éditeurs français (Sakka, Asuka, Akata, ...), est surtout composé de femmes sur lesquelles pèse le poids d'une relation amoureuse bancalement trop longue, ou de femmes libérées et libertines qui couchent sans voir d'importance particulière dans le corps où elles habitent, ou surtout de filles dans le monde du travail qui deviennent femmes dans leur corps et leur âme en faisant enfin école de la vie. Etre femme n'est pas forcément fusionner avec un homme qui complète le couple de ce que la femme n'a pas acquis durant son adolescence, être femme c'est aussi s'assumer en tant qu'individu et être soi-même complètement. Parmi ces oeuvres, voici mes coups de coeur de l'été-automne !

+++ Body & soul / Erica Sakurazawa + Takumi Terakado body_soul.jpg

Miku en a assez de son compagnon et de son quotidien monotonement ingrat. Mais quitter son homme reviendrait à devoir déménager : ce que c'est embêtant !! Mieux vaut donc supporter et attendre que le temps passe. La nature fait bien les choses : son corps lui envoie des signaux pour l'alerter que continuer ne lui convient pas, elle subit alors migraines et dérèglement menstruel. La vie fait également bien les choses : elle rencontre un chiropraticien qui s'inquiète de sa "carcasse", puisque tel est devenu le corps qu'elle n'écoute pas. Nous suivons alors cette désespérante héroïne, qui ne désire qu'être aimée et rassurée, dans son évolution, tirée hors de l'eau par cet énigmatique docteur au style de vie liant médecine et spiritualité.

Miku évolue sur le plan de sa prise de responsabilité, en décidant de quitter l'homme qui ne respecte pas son corps, en faisant face à son licenciement, ... Elle évolue sur le plan corporel, en apprenant à comprendre son corps et le lien entre son bien-être moral et son bien-être physique. Mais surtout, Miku évolue sur l'attention portée envers elle-même, car en répétant les mêmes schémas amoureux erronés et en mutilant à nouveau son corps, son chiropraticien lui déclare que l'essentiel est qu'elle doit enfin prendre soin d'elle-même, en tant qu'humaine.

2 tomes pour un manga structuré de manière pédagogique : le Dr. Takumi Terakado, acunpuncteur osthéopathe, ouvre chaque chapitre par un texte sur différentes méthodes de médecine douce, puis Erica Sakurazawa romance le propos tout en faisant avancer son histoire. Le message au service de l'histoire, l'histoire au service du message. La collaboration est très intéressante et permet à ceux qui s'intéressent à l'écoute de son corps de trouver une belle illustration, et aux autres de s'ouvrir au concept.

+++ Sukunahikona / Q-ta Minami
(Melle Ôishi, 28 ans, célibataire - Melle Ôishi, 29 ans, célibataire - Melle Ôishi 32 ans, célibataire - Melle Ôishi 32 ans, mariée) sukunahikona_melle_oishi.jpg

Henmi incite Kon à se mettre en ménage et à quitter son travail pour devenir sa femme, mais il perd son travail. C'est alors Kon - Melle Ôishi - qui maintient la survie du couple où l'homme profite d'être entretenu, s'endette, ... Le cadre du couple bancal est posé, combien de temps Kon va-t-elle subit cette situation, va-t-elle au moins chercher à en changer ou l'accepter en l'état jusqu'à ce que l'ultime accomplissement via le mariage se fasse ?

Non seulement on traverse avec Kon sa prise de conscience et sa démarche pour vivre sans Henmi, mais on survole également la découverte de son talent dans un métier créatif qui lui convient bien, ses différents liens d'amitié, ainsi que les relations de son entourage. On explore alors des thèmes importants et proches de notre quotidien : dépression, possessivité, bestialité, ... Tout cela avec à la fois la simplicité et l'adversité de Kon.

4 tomes avec la narration fluide et le style épuré de Q-ta Minami, à l'image de la légèreté avec laquelle on traverse 4 ans de vie de femme dans une vie d'adulte en place. Légèreté qui donne un aspect distrayant à une histoire qui peut tout autant avoir sa profondeur dans de multiples domaines si le lecteur a l'envie de creuser. Voilà toute la force de cette oeuvre.

+++ Complément affectif / Mari Okazaki Complement_affectif_4.jpg

J'avais consacré un billet à cette oeuvre qui, dans le paysage du jôsei manga, flamboie par la beauté du style de Mari Okazaki. Avec elle, la pertinence du message et la sensualité des propos ne sont pas prétextes à simplifier un trait qui n'y perd rien en efficacité.

Egalement disponibles :

++ Vague à l'âme / Mari Okazaki
++ 12 mois / Mari Okazaki
+ Le cocon / Mari Okazaki
+ Après l'amour, la sueur des garçons a l'odeur du miel / Mari Okazaki
+ Shibuya love hotel / Mari Okazaki
+ Angel / Erica Sakurazawa
= Angel Nest / Erica Sakurazawa
= Pink / Kyôko Okazaki
= In the Clothes Named Fat / Moyoco Anno
= Everyday / Kiriko Nananan
- Adieu Midori/ Q-ta Minami
- Jeux d'enfant / Q-ta Minami
- Dernier soupir/ Mari Okazaki
-- Plaire à tout prix / Moyoco Anno

La suite de mes explorations sur mon billet permanent ^_^

J'ai encore de beaucoup d'exploration à faire dans l'univers du jôsei manga, je vous invite à explorer également !

juillet 19

Complément affectif / Mari Okazaki @ Akata

Parce que les arêtes de la vie sont parfois si tranchantes
Parce qu'il faut trop souvent choisir entre le travail et l'amour
Parce que dans ce monde glacial, il est si difficile de trouver une épaule sur laquelle s'abandonner...

Toutes les femmes ont besoin de Complément affectif !

Complément affectif

Oui j'ai détourné le texte légèrement en remplaçant "fille" par "femme", car ainsi ce texte me paraît particulièrement criant de vérité. Alors, parlons vraiment de cet intense manga, collection Jôhin chez Akata : Complément affectif (Suppli) de Mari Okazaki.

Si une femme de 40 ans est travailleuse mais surtout encore célibataire, pensez-vous que c'est "une pauvre fille", allez-vous vous en moquer "comme tout le monde" ? Que savez-vous de ce qui constitue vraiment le sens de sa vie, et d'ailleurs le seul critère d'accomplissement d'une femme n'est-il réellement que dans le mariage avant 25 ans ? Cette coquille imposée avec lourdeur par la société , même moderne, encore très actuellement, est brisée dès les premières pages par Mari Okazaki, plus précisément par son héroïne qui se voit de l'extérieur avec un regard triste mais lucide : 7 ans de vie par habitude avec un homme qui n'exprime ni goûts ni envies, si cette absence de partage finit par les peser, autant de séparer et se chercher soi-même. Commence alors la longue quête de l'accomplissement de soi, en tant que célibataire, en tant que femme, en tant que femme au travail, en tant qu'humaine. A partir de ce point de vue libéré des clichés sociaux, on observe ces portraits de femmes combatives qui cherchent sincèrement à faire quelque chose porteur de sens dans leur vie.

Si l'on ne prend que le cas de Minami Fujii, l'héroïne, cela permet de partir d'une vision naïvement romantique et de suivre un cheminement vers une vérité plus mature. Fujii est d'abord un personnage dont la maladresse dans les relations humaines la réduit à ruminer et attendre après des mails plutôt que de communiquer directement. Elle a alors en elle une fragilité que l'on aurait envie d'enrober de protection masculine pour la consoler, c'est ce qui semble être le meilleur moyen de sauver un être à la fois pur et tourmenté. Ce serait oublier l'essence de la personne, ce pourquoi Fujii se lève chaque jour : créer une publicité qui toucherait profondément au moins une personne. Cette femme, qui redécouvre la vie avec d'autres personnes qu'une exclusive, se lance alors avec encore plus de force sur son chemin. Et alors, sa vie prend une autre couleur : il y a ce qu'elle veut vraiment faire, et il y a l'environnement qu'elle chérit et qui la nourrit en retour. Il ne s'agit plus du coeur brisé d'une fille qui n'a d'autres repères que l'entreprise, il s'agit de l'avancement d'une femme qui voit les gens par leurs démarches sincères et qui tente elle aussi de continuer à être franche avec elle-même.

4 volumes parus en France à ce jour, le tout avec le style précis et sensible de Mari Okazaki, sensuel et subtil à la fois. Elle décrit des situations tellement réalistes qu'on ne peut que vibrer et comprendre les sentiments et réflexions des personnages, en se disant que l'auteur ne peut qu'avoir vécu certaines choses elle aussi à son passage en agence de communication. La femme, l'efficacité de la femme, la perfection de la femme, les exigences, etc., peuvent finalement être ramené à chaque personne : quel est le sens de votre vie, votre moule social vous convient-il, avez-vous finalement le soutien dont vous avez besoin ou ne vivez-vous que pour être soutenu ? Chacun peut avoir sa lecture de ce manga, mais surtout ce qui compte, c'est comprendre et se mettre du point de vue décrit, alors peut-être aurez-vous besoin dans votre bibliothèque personnelle de Complément affectif !