New Jersey, petit quartier de Passaic où l'on taggue un mur pour faire la promotion d'un video club à l'ancienne. A "Be kind, rewind", on ne trouve que des K7 vidéos, le bâtiment est vétuste, mais le lieu tient debout grâce à son mythe : le jazzman Fats Waller y a vécu. Même si la plus loufoque des mésaventures arrive, ce video club continuera de distribuer du rêve. Voici donc Jerry, mécanicien paranoïaque des ondes, qui revient magnétisé de son opération de sabotage contre la modernité. Sans le savoir, il efface toutes les K7 vidéos, mettant dans le pétrin Mike, le responsable temporaire du video club. La boutique continuera de distribuer des histoires, car les deux amis s'improvisent réalisateurs et acteurs, d'abord pour continuer de faire vivre le video club, et ensuite pour sauver le video club.
Lorsqu'on interroge Michel Gondry sur le curieux verbe qu'il a donné pour désigner l'action de faire un remake de film, il répond qu'il s'est mis dans la peau du personnage de Jerry et qu'il sort le premier mot qui lui vient à l'esprit. "Suéder", voilà ce qui vient spontanément et qui restera tout le long du film l'action principale des protagonistes. On s'amusera des films suédés, de la créativité des réalisateurs bricoleurs, mais fondamentalement suéder permet de réunir les gens. Jerry déclare précipitamment à des jeunes délinquants qu'en zonant, ils ne prennent pas le temps de voir des films, ce qui constituera un changement de mode de vie; une vie difficile peut se centrer autour d'autre chose que le désordre, une autre communauté peut émerger.
Au début, ces films amateurs redonnent de la vie au video club, puis au quartier, jusqu'à les lier tous ensemble pour créer, et enfin les réunissent dans l'émerveillement d'un film accompli. Finalement, l'expérience collective est la même sur l'écran et devant l'écran : ce soir, dans une salle pleine à craquer, j'étais parmi des inconnus et l'on réagissaient en coeur devant la projection. Si les films suédés sont des films populaires, c'est parce qu'ils rapprochent les gens.
A la fin de la séance, le réalisateur-scénariste clôt joliment la soirée, avec toute l'émotion du film :
Ce qui est important, c'est que les gens se soient regroupés, pas que le building soit sauvé.





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