
Japan expo Sud a été l’occasion d’apprendre beaucoup sur l’animation japonaise, depuis la mise en scène imaginée par le réalisateur japonais jusqu’au doublage français.
Kazuki Akane, réalisateur notamment d’Escaflowne, nous a détaillé sa manière de concevoir le storyboard à la japonaise (ekonte). Ce qui m’a frappé, c’est la sollicitude de Kazuki Akane envers son staff. En effet, il précise qu’il réfléchit beaucoup au rythme des séquences et annote l’ekonte en durée autant que possible, de sorte que le travail de l’animateur, déjà fatigant, soit moindre; il met l’accent sur la liberté créative à laisser aux animateurs, à l’inverse de Hayao Miyazaki qui finalise beaucoup son ekonte et impose sa vision aux autres. Kazuki Akane, avec autant de respect pour les artistes, paraît diriger une équipe de manière idéale.
Parce qu’il y aurait d’autre manière de diriger une équipe ? Kazuki Akane en parle comme d’une évidence, mais en plus des détails techniques que l’auditoire ne saisit pas forcément, on sent que tous les enjeux ne sont pas si connus. Pour pallier à cela, la solution est également suggérée au festival !
Thomas Guitard et Geneviève Doang étaient présents pour nous initier au doublage à la française. Nous voilà donc à la phase finale de l’élaboration d’un anime avant de tomber entre les mains du public : traduction, adaptation, synchronisation et jeu d’acteur. Rien n’est aussi simple qu’on le croît : en me prêtant au jeu de doubler Kuromi, j’ai vu qu’on peut vite oublier de jouer dans le ton à cause de la synchronisation, bouh~ Mais Thomas Guitard a su brieffer les apprentis doubleurs du public, on comprend vite l’importance du directeur artistique lors du doublage d’une série, et combien la passion du staff de doublage peut donner du peps au résultat final !
Je disais que la solution de la méconnaissance de la création d’un anime était là. Oui, car nous avons travaillé sur le doublage de… Animation runner Kuromi !! Il faut que je vous parle de cette série de 2 OAV disponible chez Yatta!! video, pardonnez-moi si je dois tout raconter, mais c’est peut-être en connaissant l’histoire que vous voudrez voir par vous-même ^_~
N.B.: Le DVD contient de nombreux bonus, dont une mise en abîme de la mise en abîme : la doubleuse de Kuromi vit une journée de chargée de production dans l’équipe produisant Animation runner Kuromi !!
Animation runner Kuromi - OAV 1
Thomas Guitard a présenté Kuromi comme une mise en abîme : un anime qui montre comment sont faits les anime. Voilà qui semble très intéressant ! C’est donc dans l’ignorance du milieu et avec plein d’espoirs que je commence le visionnage du premier OAV. Mon état est alors comparable à l’état initial de l’héroïne : Mikiko Ôguro, fraîchement diplômée, arrive dans un studio d’animation pour la première fois. Dès les premières minutes de ce premier emploi, elle est emportée dans la tornade du directeur de production, survolté par les délais impossibles. Il la surnomme aussitôt « Kuromi », s’effondre de surmenage et la laisse seule à la production. À elle de découvrir le métier sur le terrain en l’état !
Le chargé de production (seisaku shinkô) semble d’abord n’être qu’un gérant de planning :
- L’étape 1 : la répartition du travail aux animateurs et leur durée.
- L’étape 2 : récupérer auprès des animateurs les poses clés (genga), les illustrations principales.
- L’étape 3 : faire harmoniser les poses clés par le directeur de l’animation (sakuga kantoku) pour que toutes les illustrations soient conformes au chara-design.
- L’étape 4 : faire vérifier les poses clés, la durée des séquences sont déterminées à l’imagination et au chronomètre.
- L’étape 5 : faire les intervalles (dôga), c’est-à-dire toutes les illustrations entre les poses clés permettant de décrire les mouvements. Cette étape est souvent sous-traitée à l’étranger et se résume donc à expédier toutes les poses clés.
Mais être chargé de production, c’est aussi s’assurer de l’avancement de chaque service. Le cas de figure suivant, catastrophique, peut donc se produire (et c’est le cas de Kuromi) :
- L’étape 1 : c’est la course en apnée, un épisode à produire en 1 semaine.
- L’étape 2 : ici le staff est très petit (d’ailleurs le studio d’animation s’appelle « Petit ») et les animateurs sont tous en freelance et travaillent chez eux. La motivation n’est pas là, c’est le tour de la ville pour ne récolter que des excuses bidons et très peu de poses clés.
- L’étape 3 : les corrections à faire sont immenses sur les poses clés d’un animateur qui dessine mal.
- L’étape 4 : le retard accumulé par les animateurs a des conséquences désastreuses sur cette étape.
En milieu d’épisode, notre héroïne est abattue, le spectateur l’est également. Un simple épisode d’anime de 20 minutes demande donc tant de travail dans des délais inhumains… Dans ces conditions, comment est-ce possible qu’aient pu naître des anime qui nous marquent à vie ? Kuromi repense à ce qui l’a amené à travailler dans l’animation : c’est la vue d’un anime. C’est alors qu’elle prend conscience que L’AVENIR DE LA JAPANIMATION REPOSE SUR SES ÉPAULES !! Ainsi la flamme de la passion vient donner de l’humanité dans ces conditions impossibles (une simple oreille attentive peut redonner le moral à une animatrice et la faire dessiner), amener le bouillonnement créatif (réunir tous les freelances au studio), créer le miracle (l’épisode est livré à temps pour la diffusion) ! À la fin de l’épisode, le spectateur ne peut qu’imaginer à quel point les anime qu’il aime regorgent de l’énergie de tout le staff qui l’a créé.
N.B.: Autre bonus DVD très intéressant : les coulisses du doublage à la française, avec même un jeu de doublage
Animation runner Kuromi – OAV 2
Ah je ne vous ai pas dit : cet anime a un ton comique complètement déjanté. Aussi je vous ai décrit la tornade de l’épisode 1, en précisant tous les détails techniques que l’on apprend, mais sachez qu’on est emporté par un souffle de bonne humeur ! Le deuxième opus n’est pas moins joyeux, et pourtant les conditions sont pires.
Nous avons vécu le miracle de la création d’un épisode d’anime. Or, suite à ce succès, 3 mois plus tard, Kuromi s’est vu confiée la production de 3 épisodes, et cela pour 3 séries à l’histoire et au design différents !! Ajoutons à cela qu’un directeur de production (seisaku desk) lui est attribué et qu’elle est tenue d’obéir à sa façon de diriger. Face à l’obligation de produire beaucoup en peu de temps, ce directeur opte pour…
- L’étape 1 : privilégier la quantité plutôt que la qualité O_O
- L’étape 2 : comparer le rendement individuel des animateurs et mépriser les plus lents >_<
- L’étape 3 : supprimer cette étape !!!!!!!!!!
- L’étape 4 : prioriser la série qui a le plus d’audience…
En milieu d’épisode, notre héroïne sait que la situation est si désespérée que cette manière de diriger est la seule possible, mais elle découvre son anime fétiche d’antan tel qu’il aurait dû être en supprimant l’étape d’harmonisation. Tout simplement : moche. Quel spectateur peut supporter de voir un épisode mal dessiné dans une série qu’il aime et qui a normalement un chara-design joli ? Je l’ai toujours pensé : c’est du massacre, du SACRILÈGE !!!!! Kuromi reprend sa vivacité, les animateurs protègent le fruit de leur dur labeur du directeur qui voudrait tout expédier en l’état, un freelance arrive en renfort, tout le monde met la main à la patte pour harmoniser, et pour combler l’immense retard qui n’a pu permettre d’expédier les poses clés à l’étranger, les intervalles sont faites par le staff japonais lui-même ! Cet ultime force collective arrive même à revigorer des animateurs âgés et blasés de la vie : eux aussi veulent à présent se donner à fond dans ces tâches impossibles, car ils ont retrouvé LA FLAMME DE LA JAPANIMATION !!!!!!
Après l’épisode 2, je me suis dit, émue, que chaque seconde d’un anime est à l’origine dessinée par la main d’un être humain, d’un animateur qui y met du coeur depuis sa table lumineuse. Vraiment, chaque illustration. Et là, je me suis dit que j’étais heureuse d’avoir choisi pour métier l’illustration, d’avoir choisi ma passion. Car c’est ce que nous devrions tous faire : partager l’énergie de notre flamme personnelle !
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Kazuki Akane, Animation runner Kuromi, la création d'un anime du storyboard japonais au doublage français http://tinyurl.com/japanime-rose
RT @rosalys_illus: Kazuki Akane, Animation runner Kuromi, la création d'un anime du storyboard japonais au doublage français http://tinyurl.com/japanime-rose
Je ne sais pas si la methode d’Akane est vraiment idéale. Sur Tetsuwan Birdy Decode : 02 il a laissé tant de liberté à certains animateurs que certaines scènes de l’épisode 7 se sont retrouvées complètement à coté de ce qu’il y avait dans les model sheets, malgré une animation dantesque. Au point qu’il a fallut les refaire pour les DVD.
Miyazaki impose peut-être sa vision, mais après tout c’est son film et c’est lui qui sera en 1ere ligne des critiques. Et puis quand on voit sa filmographie on ne peut pas lui reprocher d’être perfectionniste.
Chaque réal à sa manière de fonctionner, certains se font haïr de leur staff (Anno aurait, pendant la prod de Nadia et Evangelion, viré des animateurs de leurs tables à dessin façon « je vais t’apprendre à animer moi »), mais si au final c’est comme ça qu’ils arrivent au résultat qu’ils envisagent (réal d’un anime étant une position où il faut avant tout savoir faire des compromis), est-ce mauvais ?
oui mais y a une grosse différence de qualité entre un Hayao Miyazaki et un Kazuki Akane!!!
Le Miyazaki est juste sublime tanndis que le Akane juste sympa!
Un très bel anniversaire à toi Rosalys
Tetho & Videl > Dans l’absolu, je suis d’accord avec vous sur le résultat final. Mais dans cet article je ne compare pas des films, je me place du point de vue des créatifs tels ceux que l’on voit vivre dans Kuromi : les conditions sont déja assez inhumains, pourquoi faire de l’animation dans la douleur alors que la passion peut insuffler une énergie autrement plus forte que la tyrannie ? J’aime à croire que des anime puissants sont faits avec l’énergie de la passion, comme pour Code geass où les scénaristes se sont éclatés.
Rebz > Oh merci pour cette pensée ^___^
Ohh ce dessin animé est vraiment magique il faut que je le regarde ! En lisant ce messages, j’ai compris à quoi j’allais m’attendre plus tard ! Oui, mon beau rêve est de devenir réalisatrice d’animation, comme Kuromi ! ^ ^ Ca à l’air vraiment dur mais tellement bien !! xD ^ ^ »
Merci d’en avoir parlé dans ce post Rosalys-senpaï !! Ca a remonté ma flamme de passion !!
C’est fantastique Marufa, je ne savais pas que c’était ton rêve, ouaouuuh !!! Je te souhaite beaucoup de succès dans cette voie, vive l’animation ! *o*
[...] Kazuki Akane serait le membre idéal au staff de production dans Animation Runner Kuromi [...]